Du sens de l’écriture à l’écriture du Sens

Suite à mon Article précédent, “Un auteur parmi nous “, concernant le Logos et l’écrivain, voici la réponse de Fanny Levy.
Je partage cette réponse avec son autorisation, car elle fait sens à notre projet d’accompagnement par l’écriture, et surtout qu’elle fait totalement à ce que j’ai écrit dans mon livre “Ma page blanche” sur l’écriture.

A travers la lecture miroir de l’itinéraire de mon histoire, de mes cris et écrits, tu allais découvrir l’histoire du Sens. Je te vois, derrière la lecture de cette histoire singulière, lire, écrire ta propre histoire par effets miroirs. Ainsi tu m’accompagnes dans mon écriture et au cours de ta lecture, je t’accompagne à écrire ta légende personnelle…./… Je devenais lecteur de mon passé, souvenir de mon futur. Je réalisais mon coaching existentiel. L’écriture basculait entre écrit-thérapie, légende personnelle et roman initiatique. Qu’importe… juste oser écrire : « Ecrire quand ça vient, comme ça vient, ce qui vient », ai-je écrit.”  ” Mon Coaching existentiel, la page blanche Edition Metasophia.

C’est tout autant l’approche que nous utilisons dans nos exercices sur la partie Ecriture dans notre programme “Compagnonnage de soi”

Voici son texte:  ” Pourquoi j’écris

J’écris parce que j’ai du mal à dire. Parce que le passé me reste en travers de la gorge. En se servant de sa souffrance pour écrire, on s’en distingue. On évite qu’elle soit un gâchis. La littérature la transforme en œuvre d’art. Elle permet de prendre une distance par rapport au vécu. De donner forme à l’informe d’une existence. « Les portes s’ouvrent, écrit Liliane Atlan, lorsque les mots transforment la douleur en louange ».

Je conçois la littérature et l’écriture comme un risque, un engagement. Chacun de mes livres est à la fois un testament et une dénonciation. De moi-même ou d’un autre qui m’a fait mal. Ecrire, c’est, s’ouvrir jusqu’à la démesure. On ne parle jamais d’autre chose que de soi.

La littérature de témoignage parle à la fois de soi et du monde. Dans la vie de chacun on retrouve l’univers. Ecrire sur soi-même de telle sorte que l’écrit cesse d’être anecdotique pour devenir universel. Le lecteur lit pour connaître quelqu’un d’autre mais aussi pour se connaître, lui. A travers l’expérience d’un individu le lecteur est à la recherche d’une vérité sur la condition humaine.

« L’intérêt des mémoires, des confessions, des autobiographies tient à ce que la vie de chaque homme devient ainsi un miroir où chacun peut s’étudier. » Gérard de Nerval (Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous).

Je place la littérature au-dessus de tout. Quand on baigne dans cet immense océan, on est en débat infini avec les textes et on entre ainsi dans la réalité du monde. On appartient à quelque chose d’immense, d’inépuisable. Ecrire un livre, c’est s’immerger dans une immense littérature, tout ce qui nous a précédés nous accompagne.

L’écriture est pour moi un besoin impérieux, un moyen de tenir debout, une échappatoire à une vie morne ou étouffante, une peau protectrice dans laquelle j’ai besoin de m’envelopper. J’écris parce que sinon, j’ai l’impression de ne pas exister. J’écris pour lutter contre mon propre oubli. Quand on n’écrit pas, les choses disparaissent. J’écris pour réparer mon histoire. Pour réinventer ma vie, me sentir vivre à nouveau. 

Pour Marina Tsvetaieva, il ne s’agit pas de vivre et d’écrire mais de « vivrécrire ». Vivre, c’est écrire. Vivre sans écrire revient à mourir.

Imbibée d’écriture, j’en oublie de m’intéresser à la vie extérieure et je fonctionne souvent mieux dans le monde de la fiction que dans le monde réel. Je ne suis satisfaite de mes journées que si j’ai rempli des lignes.

C’est une idée fixe, une addiction. Des travaux forcés à perpétuité. « Je dois écrire parce qu’on me siffle tous les jours pour que j’enfonce plus profondément ma pelle », dit Imre Kertesz.

Il est enseigné dans un traité du Talmud que le « Je » par lequel l’Eternel-Dieu se nomme lui-même pourrait être lu en acrostiche « ana nafki ketavit yehavit ». Cela signifie : j’ai donné et mis mon âme dans l’écriture.

En même temps, je me demande toujours si j’ai le droit d’écrire. On écrit ce qu’on ne sait pas. J’écris pour poser des questions, pour éclaircir le secret que chacun porte en soi, ce secret dont le sens se révèle, dit le Zohar, aux amants de l’écriture.

Et même si, après l’inacceptable, on ne peut que tracer des lignes dans la cendre, même si toutes les histoires sont construites sur du sable, même si les mots d’un livre sont réduits à des trous dans ce sable, écrire est plus que jamais nécessaire.

Ecrire c’est se mettre en harmonie avec la création, c’est faire comme le cosmos qui s’écrit, c’est une forme de prière. Prier, c’est-à dire toucher le monde d’ici-bas et le monde d’en-haut ; c’est un acte qui retentit sur d’autres mondes. La prière comme l’écriture vient d’un état où l’on doute, où l’on n’est pas sûr. Elles sont le vis-à-vis du silence, un dialogue avec le silence.

Bonne semaine à toi Elie, révélateur de sens.  Fanny Levy

 

2 Comments

  • Sandra

    Reply Reply 8 janvier, 2018

    Bonjour,

    Je suis heureuse de vous lire et… d’écrire!

    Je dois avant tout vous confier une expérience de vie qui orientera le sens de mon propos au sujet de l’acte d’écrire et parlera peut-être à certains.

    J’ai fait dans ma jeunesse des études de philosophie et ai obtenu la Maîtrise. J’ai passé le concours, ai été admissible. Un parcours scolaire sans difficulté aucune, du moins sans difficulté apparente.
    J’avais plus ou moins consciemment entamé ces études parce que j’étais à l’aise à l’écrit, dans l’abstraction, le maniement de concepts généraux et la déduction analytique (ou encore la logique).
    Pourtant au fond de moi, je savais aussi que j’entamais ces études dans le but de fuir quelque part, ce qui en moi me faisait souffrir, de ne pas voir (de refouler) ce qui était problématique et douloureux en moi. Un rapport biaisé dès le départ et névrotique à la philosophie où j’ai pu pendant pendant donner le change même siau fond de moi, je savais que cela ne faisait pas sens, ni écho.

    Jusqu’au moment où, après cette admissibilité, et durant 3 ans, tout ce que je faisais échouait systématiquement, à tous les niveaux : socialement, professionnellement, affectivement… Trois ans, c’est loooooooong… 🙂
    J’en suis arrivée au point où je ne savais plus ni lire, ni écrire!!!
    Je ne comprenais plus rien à ce que je lisais, parasitée par des mots, des idées, incapable de fixer mon attention un quart de seconde… Quant à ce que je tentais d’écrire, cela n’avait plus aucun sens. La dernière chose sensée que j’avais pu exprimer était ceci : je voyais les carreaux de la page du cahier et pour moi, c’était comme les barreaux d’une prison derrière lesquels je n’arrivais plus à dire… Une situation d’isolement extrême que vous-même et encore moins vos proches ne comprennent!Seul, derrière ces mots qui ne vous appartiennent plus!!!

    C’est à ce moment-là que j’ai crié/hurlé à D.ieu ma souffrance et lui ai demandé de se révéler à moi ; à ce moment-là que j’ai découvert la foi. Et c’est Jean 3 : 3 qui a pris Vie en moi, une parole que je ne connaissais pas (je n’avais jamais ouvert les Evangiles): “Il faut que vous naissiez de Nouveau, celui qui ne naît d’Eau et d’Esprit ne peut voir le Royaume de Dieu.” Egalement, le psaume 32 : 8 : “Je t’enseignerai, Je te montrerai le chemin que tu dois suivre…”

    Quand je dis que cette Parole est devenue Vivante en moi, je signifie par là, qu’elle a fait tilt (ou rhéma) en moi et que c’est cette énergie d’Amour Infini, de Vie et d’Intelligence Absolue qui s’est mise à bouillonner dans mon être et à devenir ma sève, ma puissance de vie!

    Curieusement, je savais conjointement à la fois que j’étais guérie et en même que j’entamais un processus de guérison. Cela fait 20 ans cette année :-)20 ans que je marche, que je chemine dans et avec la Parole et/ou les Ecritures ; 20 ans que je dis AMEN!!!

    J’ai pu comprendre au fil du temps, et à travers aussi un travail psychanalytique, que mon JE à l’époque n’avait pas émergé. J’étais la fille de…, celle qu’on avait muselée et culpabilisée à outrance ; celle qu’on voulait que je sois, l’image, mais moi, je n’existais pas…
    Il m’a fallu des années pour m’extirper avec l’aide de D.ieu de ces fardeaux de culpabilité, d’humiliation, d’interdiction d’être et d’exister juste en tant que celle que je suis, ni plus, ni moins…
    Des années pour m’autoriser à sortir de ces schémas dans lesquels mes parents (consciemment ou pas) m’avait emmurée… Et sincèrement, ce n’est que depuis l’an dernier, que j’ose dire simplement et sans souffrance à présent, que oui, je suis la fille unique d’un pervers narcissique et d’une mère fusionnelle et manipulatrice.

    Ce que je sais aujourd’hui dans mon coeur, c’est que mon Père Céleste m’a bénie (et il me bénit encore aujourd’hui) à hauteur de ce que mon père et ma mère terrestres m’ont maudite ; je pèse mes mots car ils sont réels.
    Nous sommes pléthore à être des enfants issus de ce genre de parents, même si c’est un tabou quelque part… Tu honoreras ton père et ta mère 🙂
    Moi, je les honore aujourd’hui en m’en protégeant psychologiquement et en travaillant tous les jours en moi au Pardon du coeur car comme dit Goethe, “être adulte, c’est avoir pardonné à ses parents.”

    Toutes ces épreuves m’ont révélée et avec l’aide de D.ieu, dans la prière et l’étude de la Parole, m’ont permis de me construire afin d’en aider d’autres aujourd’hui car nous sommes légion…

    Je rends grâce pour ce parcours car le sens que j’y vois, c’est justement de pouvoir accompagner et aider d’autres êtres en chemin, comme moi, vers leur propre chemin d’accomplissement de vie unique et singulier.

    L’acte d’écrire aujourd’hui pour moi est devenu beaucoup plus fluide (la preuve, :-)Ceci dit, je n’y parviens que si j’y vois du sens ; sinon, mes facultés ne se mobilisent pas et c’est très bien ainsi. J’ai appris à faire confiance et à ne pas m’en vouloir ni me forcer quand les mots ne me viennent pas.
    L’acte d’écrire, c’est aussi le reflet de notre propre structure et construction intérieure.
    Ecrire pour moi, n’a de sens que pour témoigner de l’Essentiel… sinon (et sans jugement) ce n’est que bavardage égotique dans lequel je ne me retrouve pas.
    De même que je n’ai à coeur de chanter que des louanges, de même je n’écris que pour essayer de mettre des mots (de fait insuffisants car limités) pour témoigner de cet Amour Infini qui nous dépasse et nous transforme de Gloire en Gloire. Témoigner de cette Paix et de cette Joie au-delà de nos déserts et de nos espérances.

    Je suis très très heureuse que ces mots aient pu sortir aujourd’hui et d’avoir cet espace, grâce à vous Elie, où ils pourront être lus et partagés.

    Je vous embrasse à tous, même si je ne vous connais pas.

    En communion d’âme 🙂

    Sandra

  • leoguez

    Reply Reply 7 janvier, 2018

    Il y a de l’obscure dans l’Un. Ce que Héraclite nomme “le clair obscure”.
    La souffrance reste indicible tout comme l’Un
    Je me bas avec cette obscurité depuis de nombreuses année et c’est ce qui fait mes écrits. Ceci pour y ajouter quelque graine de lumière.
    Il est important pour moi d’être reconnu par des auteurs. Je voudrai pouvoir éditer toute ces brouillons de sens qui traîne dans mon placard des utopies. Car j’ai encore l’utopie de croire qu’il y a de la lumière dans l’obscure, comme il y a eut le OR sortie des ténèbres dans la Genèse. J’ai plus encore l’utopie de croire que la souffrance est un ratée de l’histoire de notre humanité et que nous pouvons la réparer (Tikoun) par la joie. j’ai hâte de lire les perles qui sortiront de ces graines de sables dans ta coquille. Elie

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